Newsletter nO 26

Février 2007

EDITORIAL - Confucius et l'évolution de l'Economie

Editorial de Alberto Gabbai
President de Cezanne Software


L’été dernier j’ai visité certains des pays connus sous le nom de «Tigres Asiatiques», en particulier Taiwan, la Corée du Sud, Singapour, et tout en ne faisant pas partie de cette définition, diverses provinces de la Chine, parmi lesquelles la Mandchourie.

Ce qui m’a frappé particulièrement, au même titre que le niveau de développement économique et de richesse que ces pays ont atteint, c’est que des résultats aussi remarquables ont été et sont encore obtenus sous des régimes politiques bien souvent loin d’être démocratiques. Taiwan et la Corée du Sud, qui sont aujourd’hui des démocraties, ne l’étaient pas au début, dans la phase la plus rapide de leur développement économique; et Singapour (pour ne pas citer la Chine), peut être considéré comme une dictature selon les critères occidentaux. Ils ont développé des économies compétitives sous des régimes qui n’étaient pas des démocraties, ce qui serait impensable en Occident. Comment cela a-t-il été possible ?

Je crois que la réponse réside dans la philosophie que ces sociétés ont adoptée depuis des milliers d’années : le Confucianisme. Deux préceptes en particulier ont soutenu la croissance des économies asiatiques dans des conditions particulières et souvent objectivement difficiles.

Je résumerais le premier comme ‘honore les aînés’. Au début cette attitude n’a pas emmené au développement économique ; au contraire, elle l’a réprimé, parce que d’après le précepte susdit, toute nouvelle approche n’était pas nécessaire car « nos pères y auraient déjà pensé ». Mais quand la technologie est arrivée d’autres pays, cette excuse n’était plus valable : après tout ‘nos pères’ n’avaient pas la technologie pour faire les choses différemment. Cependant, ce qui est resté de ce précepte est le respect incontestable et la confiance envers les institutions, y compris le gouvernement ; cela a permis aux dictatures de rester au pouvoir, et même de se faire largement respecter, pendant que l’économie commençait à s’épanouir et à se libéraliser.

Mais cela ne suffisait pas: le deuxième précepte du Confucianisme que je pense être à la base de leur pouvoir économique concerne le rôle crucial de l’apprentissage. ‘Qu’est-ce que j’ai appris aujourd’hui ?’ est ce que toute personne devrait se demander avant d’aller se coucher chaque nuit. La focalisation sur l’apprentissage continu a été le vrai propulseur pour les économies de ces pays.

Les choses sont malheureusement plutôt différentes en Occident de nos jours. Pour illustrer mon propos, j’ai lu récemment dans la revue Time magazine un article qui parlait du ‘mythe des devoirs’ pour nos étudiants. D’après cet article, les devoirs, la façon dont ils sont assignés, tendent à tuer la curiosité des étudiants. Donc, plutôt qu’exiger des devoirs qui puissent encourager la créativité et la curiosité de nos étudiants (occidentaux), les parents demandent d’éliminer complètement les devoirs.

Les gens qui sont habitués à apprendre s’adapteront mieux aux changements constants du monde du travail de nos jours, et le témoignage des pays asiatique devrait le démontrer.

Chez Cezanne, nous avons toujours cherché à embaucher des personnes qui ne soient pas seulement brillantes et compétentes, mais qui aient aussi une forte envie d’apprendre chaque jour quelque chose de nouveau. Et bien que cette aptitude ne s’enseigne pas vraiment, je pense que l’encourager est clé pour avoir des employés préparés à affronter l’avenir, ce qui est un facteur de succès parmi les plus importants.